Projet EP2F/Protection des femmes et des filles au travail : les médias togolais outillés pour lutter contre les VBG.

Atakpamé, 30 janvier 2026 – Face à la persistance des violences basées sur le genre (VBG) et des discriminations dont sont victimes les femmes et les filles en milieu professionnel, la question de la responsabilité sociale des médias togolais se pose avec acuité. C’est dans ce contexte que s’inscrit le projet EP2F – « Entreprises s’engagent pour la Protection des Femmes et des Filles », financé par l’Union européenne et mis en œuvre par un consortium réunissant CARE France, CARE B/T, le Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D) et Les Nouvelles Alternatives pour le Développement Durable en Afrique (NADDAF).


Malgré un cadre juridique relativement avancé, les réalités sur le terrain restent préoccupantes. Le Togo s’est pourtant doté de plusieurs textes majeurs, notamment la loi N°2021-012 interdisant toute discrimination en matière d’emploi, ainsi que quatre lois votées en novembre 2022 visant à renforcer les droits des femmes. En février 2024, un arrêté ministériel est venu consolider ces dispositifs en interdisant explicitement toute forme de harcèlement, de violence ou d’intimidation sur les lieux de travail.


Cependant, dans de nombreuses entreprises – multinationales, grandes, moyennes, petites ou très petites – ces textes peinent encore à être effectivement appliqués.

Des violences encore trop fréquentes en milieu professionnel.


Inégalités salariales, accès limité à des emplois décents, violences sexuelles et sexistes, obstacles à l’entrepreneuriat ou à l’accès aux postes de décision : les femmes et les filles continuent de faire face à de multiples formes de discrimination. Une situation alarmante qui appelle une mobilisation collective, dans laquelle les médias occupent une place stratégique.


C’est dans ce contexte que le consortium composé de CARE France, CARE Bénin/Togo, du Groupe de réflexion et d’action Femme, Démocratie et Développement (GF2D) et des Nouvelles Alternatives pour le Développement Durable en Afrique (NADDAF) déploie le projet EP2F dans quatre régions du pays : Maritime, Plateaux, Centrale et Kara.

Former les journalistes pour briser le silence

Le projet EP2F mise sur la Responsabilité Sociétale des Entreprises (RSE) comme levier pour promouvoir le respect des droits des femmes et des filles. Après une première session organisée à Lomé en décembre 2025 pour les journalistes de la région Maritime, la deuxième phase de formation s’est tenue du 29 au 30 janvier 2026 à Atakpamé, précisément à l’Hôtel Magnificat.

Cette session a réuni une trentaine de professionnels des médias venus des régions des Plateaux, Centrale et de la Kara. Pendant deux jours, les participants ont suivi des modules riches et variés, portant notamment sur les droits des femmes et des filles au travail, le cadre légal national et international de lutte contre les VBG, la RSE, ainsi que la production de contenus médiatiques sensibles au genre.

Un appel fort à la responsabilité collective


La formation a été officiellement ouverte par le préfet de l’Ogou, M. EKPE Kodjo Agbéko, en présence du 2ᵉ adjoint au maire de la commune Ogou 1 et du directeur régional de la Chambre de commerce. Dans son allocution, le préfet a rappelé la gravité des violations des droits humains, en particulier les violences basées sur le genre, et a appelé à une responsabilité collective, soulignant le rôle déterminant des entreprises et des médias dans la promotion d’environnements professionnels sûrs et respectueux.


De son côté, la directrice exécutive du GF2D, Mme ADEKAMBI Bayi Ginette, a mis en exergue le rôle stratégique des médias dans la promotion et la protection des droits des femmes et des filles. Tout en saluant les avancées juridiques enregistrées au Togo, elle a insisté sur le défi majeur que représente leur application effective sur le terrain. Selon elle, les journalistes sont appelés à devenir de véritables acteurs de changement, capables de briser le silence, de déconstruire les stéréotypes et de promouvoir des pratiques responsables au sein des entreprises.

Les médias, acteurs clés du changement


Dans son intervention, GBENA Hin Léocadie Amevi, chargée du projet EP2F, a dressé un constat sans équivoque : malgré les avancées légales, les inégalités de genre persistent dans le monde du travail. Les femmes et les filles ne bénéficient pas encore des mêmes droits et du même traitement que les hommes au sein des entreprises.
Face à cette réalité, le projet EP2F entend renforcer l’engagement des entreprises en faveur des droits des femmes, en accordant une place centrale aux médias. Après avoir réuni 27 journalistes lors de la première formation à Lomé, le projet poursuit ses actions à l’intérieur du pays, avec des sessions destinées aux journalistes et enseignants dans plusieurs communes des régions ciblées.
Les participants sont également invités à rejoindre le réseau MERSE-P2F, mis en place pour renforcer la synergie entre les médias engagés dans la promotion de la RSE et la lutte contre les VBG.

Une dynamique porteuse d’espoir


À l’issue de la formation, les journalistes sont désormais mieux outillés pour produire des contenus responsables, éthiques et sensibles au genre. Reportages, enquêtes, émissions radio ou podcasts deviennent ainsi des instruments de sensibilisation, de dénonciation des abus et de valorisation des bonnes pratiques.
Au-delà des textes de loi, le projet EP2F rappelle que l’égalité de genre en entreprise se vit au quotidien : conditions de travail décentes, accès équitable aux opportunités, prise en compte des besoins spécifiques des femmes. En plaçant les médias au cœur de cette dynamique, EP2F fait le pari d’un changement durable des mentalités et des pratiques.

Informer, sensibiliser et agir : telle est la mission confiée aux journalistes togolais, désormais mieux armés pour contribuer à la création d’environnements professionnels plus sûrs, inclusifs et respectueux des droits fondamentaux des femmes et des filles au Togo.

SEIDOU Djemilou

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